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“Qu’on se le dise, la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc est un club fermé…”





“Nous n’acceptons que des gens d’un certain niveau ici”. Il est 18h ce mardi quand cette phrase retentit dans le hall de la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc (BNRM). C’est la réponse d’un vigile à une étudiante venue se renseigner sur les modalités d’accès et qui s’indignait de ne pouvoir s’inscrire sans baccalauréat. Posté derrière les portiques métalliques, l’agent de sécurité veille au grain. Qu’on se le dise, la BNRM est un club fermé. Et l’équation est simple: pas de baccalauréat, pas de Culture.

Le lendemain, peu avant midi, même son de cloche chez l’hôtesse d’accueil. “Si vous n’avez pas de photocopie de votre baccalauréat, vous pouvez toujours ramener une attestation de licence ou de master” conseille-t-elle à un usager au dossier visiblement incomplet. Et d’ajouter: “Sans ça, vous ne pourrez pas vous inscrire”.

Le critère d’accès semble en désaccord avec l’ambition qu’affiche la bibliothèque: “À l’image de ses formes architecturales et de ses composantes, elle est une invitation à l’épanouissement culturel. Le grand dessein de la BNRM est de mettre le savoir à la disposition des lecteurs et particulièrement les jeunes”, peut-on lire sur son site officiel.

La BNRM, c’est plus de 34.000 titres et 13.486 volumes manuscrits, un espace multimédia, un espace pour malvoyants et des collections spécialisées. Et autant de ressources qui demeurent donc inaccessibles pour une partie des citoyens. Surtout quand on sait que le Maroc compte des centaines de milliers de collégiens et de lycéens et que ces jeunes représentent au vu de la structure démographique du royaume une proportion importante de la population.

Face à un tel paradoxe, comment la BNRM justifie-t-elle sa politique? L’argument principal concerne le type d’usagers que cible la bibliothèque. D’après sa responsable de communication, Alaa Gouitaa, en “s’adressant d’abord aux chercheurs”, la BNRM se voit obligée “d’écarter les élèves” pour un souci de “capacité”. “On n’avait pas d’autre moyen pour identifier notre public que le diplôme”, se défend-t-elle.

Alaa Gouitaa concède pour autant que cette politique, décidée dès le lancement de la BNRM, ne porte pas ses fruits: “On s’est vite rendus compte que nous avions davantage d’étudiants que d’étudiants-chercheurs”.

Si cette obligation de diplôme a pour but avoué de barrer l’accès à des élèves, qu’en est-il alors de citoyens plus âgés désireux de se documenter mais qui n’ont pas le baccalauréat ? La responsable de communication explique qu’en ce qui concerne ce public, le critère tombe complètement en désuétude et devient même “ridicule”.

Alaa Gouitaa confie que pour cette population (les plus âgés), la sélection se fait au cas par cas et “qu’’il arrive exceptionnellement que la BNRM accepte des usagers qui n’ont pas le bac”. Avant de concéder: “L’ouverture de la bibliothèque aux non-bacheliers fait débat en sein de la BNRM. Je pense qu’on gagnerait à confiner l’accès à l’âge plutôt qu’au diplôme. Cela aurait plus de sens”.

L’idée même de confinement, quel que soit le critère retenu est antinomique de l’esprit affichée par une bibliothèque qui se veut “ouverte” et “démocratique”. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un oeil à ce qui se fait ailleurs.

En France, la Bibliothèque Nationale (ou bibliothèque François Mitterrand) propose deux espaces. Un premier dédié à la Recherche qui requiert une accréditation et un second ouvert à toute personne de plus de 16 ans. À bon entendeur.

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