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Les péripéties d’un étudiant Marocain au Japon




Les péripéties d’un étudiant Marocain au Japon

Eliass Hotta Bouhaik est étudiant en Licence 3 à HEC Paris, en échange à l’université de Keio au Japon, dans le cadre du programme Grande Ecole GEP L3 (Global Exchange Program). Témoignage.

Bien que je sois d’origine maroco-japonaise, je n’avais jusqu’à présent jamais pris la peine sincère de travailler mon japonais en vue de le maîtriser. En entrant à HEC, je décidai d’en faire un atout, puis départ pour Tokyo en mars 2017 après un court stage de 3 mois dans une startup à l’incubateur HEC.

L’arrivée
Dès l’arrivée, je m’aperçus de la faiblesse de mon niveau en langue japonaise. Je ne savais même pas lire les kanjis (caractères) sur les kanbans (plaques et étiquettes). Je devais tout demander à tout le monde pour pouvoir me diriger, alors que ma mère me parlait japonais quand je vivais encore chez mes parents. Mais tel était l’étonnement que je recherchais : la sensation d’être totalement dépassé, pour ensuite pouvoir me rattraper !

En m’adressant à mes senpais (seniors) j’utilisais le tutoiement japonais alors qu’ils ne me l’avaient pas permis, ce qui constitue une grave erreur dans les mœurs et les relations sociales au Japon. Je manquais aussi énormément de vocabulaire administratif, que ce soit à l’aéroport ou pour l’obtention d’une adresse officielle auprès de la préfecture.

Tout cela m’a déconcerté, sans oublier l’incommensurable beauté de la nature japonaise et le respect inconditionnel que les Japonais ont vis-à-vis de tout ce qui les entoure… Une arrivée à la hauteur de mes attentes.

Les cours
L’université de Keio est la meilleure en Business au Japon, je l’ignorais avant mon choix de destination. Son fondateur, Fukuzawa, est celui que l’on voit sur les billets de 10 000 ¥ (l’équivalent de 100 €). Des étudiants du monde entier y affluent pour se nourrir de cette culture si différente et pourtant, au fond, si compréhensible.

Mais il y avait un gouffre entre les étudiants asiatiques (Chinois, Coréens, etc.) et moi au niveau de la langue. J’avais cette impression que j’étais censé exceller en japonais du fait d’être né d’une mère japonaise.

Je choisis donc principalement des cours de japonais et des cours de Business. En me focalisant sur ces deux éléments sans trop m’éparpiller, je me persuadai que je pourrais en même temps maîtriser le japonais et consolider des bases en business.

Les deux types de cours sont de nature extrêmement différente, non seulement de par leur contenu, mais aussi par la manière dont ils sont délivrés. Les cours de japonais privilégient la répétition jusqu’à la maîtrise totale, alors que les cours internationaux en business sont classiques.

Bien évidemment, tout le monde parlant très bien le japonais, j’étais en minorité. C’est justement cette sensation d’impuissance vis-à-vis de l’environnement qui fait des échanges interculturels une expérience si enrichissante, tant en compétences qu’humainement. Le passage du contrôle relatif à sa perte totale accentue cette sensation d’impuissance.

J’ai donc fait du japonais la principale raison de ma venue au Japon. Et je m’oblige chaque jour à préparer mes cours, qui nécessitent révision et préparation, pour pouvoir suivre le rythme ainsi que les contrôles quotidiens. Je prépare également le JLPT (Japanese language proficiency test, qui est un test équivalent au TOEFL ou autres) pour éventuellement pouvoir travailler ici. Ce test va du JLPT N5 (niveau le plus bas) au JLPT N1 (niveau le plus élevé). Un minimum de N2 est obligatoire pour pouvoir travailler en entreprise japonaise).

La vie au Japon

Le Japon est magnifique. Il a tout pour plaire et tout pour déplaire à celui qui le découvre. De la complexité de ses relations sociales jusqu’à la douceur de ses amitiés et amours. Des souffrances à endurer durant les heures de rush dans les trains, à l’infrastructure de ses villes. De ses bizarreries superficielles à ses traditions les plus profondes. De ses plus hentais mangas à sa riche littérature. De la conformité la plus absolue de ses peuples, à la pureté de leur amour pour le Nippon. Ce pays est une infinité d’histoires sans fins. Et quiconque vous dira qu’il connaît tellement bien le Japon qu’il en est dégoûté, n’en a vu que la surface.

La culture bouddhiste et shintoïste a donné naissance à un peuple plus fort que tout, dont l’individu est plus faible que tout. Si vous vous en prenez à quelqu’un dans la rue, il ou elle ne ripostera pas, mais si vous vous en prenez au peuple ou à la nation, cette même personne risque d’être plus violente.

La conception d’une divinité dans ce pays n’est pas celle qu’on a l’habitude de voir en Occident. Il existe plutôt une multitude de dieux partout, avec des hommes qui peuvent devenir plus divins que d’autres en suivant la voie du milieu, celle de l’équilibre et de la transcendance.

On ne s’occupe pas beaucoup de politique ici : si le peuple va bien, il n’y a aucune raison que l’on parle de politique. En public, chacun ses affaires, chacun sa spiritualité, chacun ses aspects, les Japonais se fichent de ce que vous faites ou êtes, pourvu que vous ne dérangiez pas l’ordre social. Ainsi, on remarque un nombre incalculable d’excuses lors des discussions entre inconnus.

Enfin, la nourriture est tout simplement extraordinaire. La cuisine japonaise, son histoire et ses subtilités peuvent plaire dans les pays étrangers, mais sa splendeur ne vous frappe vraiment qu’auprès d’un grand chef japonais.

En bref, le nombre de kanjis à apprendre chaque jour me fait parfois chanceler, mais autant finir si j’ai commencé…

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