Jump to the website

Plagiste l’été, étudiant en médecine pendant l’année




Plagiste l’été, étudiant en médecine pendant l’année

Je m’appelle Ahmed Farissi, je suis médecin externe pendant l’année, c’est-à-dire étudiant à la faculté de médecine, à Rabat pour être précis, et plagiste l’été…

Après des années d’assistanat parentale et une vie rythmée par la paresse de ma bourgeoisie mentale, j’ai décidé il y a un peu plus de 2 ans d’arrêter de subir une vie qui ne m’appartenait plus…

En parallèle à mes études en médecine rémunérées à 110 dhs par mois (sans commentaires) et ayant pris conscience de la nécessité de ne plus demander aux parents de quoi réchauffer ma tiédeur, une seule solution s’offrait à moi : LE TRAVAIL

Ces dernières années, j’ai un peu tout fait: vendeur de figue de barbarie, de pastèques, éleveur de lapins néo-zélandais, de chiens de race, de whey gold standard (protéine pour bodybuilder)…  Et là, je suis plagiste donc, aux Sables d’or à Harhoura…

 

Comment j’en suis arrivé à devenir étudiant pendant l’année et plagiste l’été? Ayant fini mon dernier examen d’une année universitaire particulièrement difficile, j’avais 100 dhs dans un portefeuille acheté 1 dh à Assila, comme quoi le microscopique peut contenir le macro… Je prends quelques vêtements, une tente et quelques bricoles que je mets dans le coffre, mes livres préférés, 130 bouquins, en guise de passagers, Shams mon chat et sa litière, je mets 100 dhs d’essence et je roule vers  la mer, l’âme parfumée, le portefeuille (et l’estomac) vide…

2h du matin, un 12 juillet, j’arrive sur le parking donnant sur l’océan. Je descends, les embruns s’écrasent sur un visage silencieux, j’aperçois un homme au loin rafistolant sa R4. Moi qui adore cette voiture,  je me dis voilà de quoi me distraire avant de dormir. Je l’aborde, on discute, on prend finalement deux chaises et on se met fasse à une mer éclairée par une lune ronde et belle. La discussion prend fin à 7h du matin. Une amitié et une collaboration naissent…

Hicham est proprio de parasols, de chaises, de transats et de tables, qu’il met en location pour les estivants… Moi, proprio de livres et d’un besoin criant de manger, lui propose de lui loueur une partie de son matériel, que je mettrai moi-même en location pour les riverains…

Ma journée type : Je me réveille à 6h du matin, un peu avant la concurrence pour déployer le matériels sur une plage parsemés d’ordures. Les coupable? Ces gens qui n’intègrent toujours pas qu’après avoir mangé un biscuit, on doit jeter l’emballage dans une poubelle… Je joue pendant 15 min à l’agent de propreté. ‘’Moul zbel’’, voilà un métier noble, quoi de plus noble que de ramasser l’impureté des Hommes ?

Puis je mets ma combinaison, mon masque et je rentre munie de ma chambre-à-air (qu’on appelle “chambrère” chez nous), et ramasse “rbi3A” (littéralement la petite herbe), des algues qu’on arrache des fonds marin, (“lfoundou”), qui rentrent dans la fabrication de produits cosmétique et de la fameuse Bétadine… Cette matière première se vend 4 dhs le kilos. Avec un bon 50 kg, tu as déjà tes 200 dhs à 8h du matin, mais comme on dit, il faut se lever de bonne heure…

Petit déjeuner rapide et je mets mon stand de livres en place pour les quelques matinaux, qui sont devenus avec le temps des amis…  Je visse mon chapeau de cow-boy sur mon crâne. Ma journée de plagiste peut commencer. Elle ne s’arrêtera qu’à 19h. Pendant ce temps-là, je loue des parasols à 20 dhs. Enfin, pas toujours. Ma journée commence souvent par des session de marchandage: “nkhalihlek b5masstach, ma3endekch ara hir 3achra” (“je te le laisse à 15, si tu ne les as pas je te le fais à 15”). Le transat est à 20 dhs, la chaise à 5, la table à 15…Voilà pour le “business”.

Mais dès que quelqu’un manifeste un intérêt pour mes livres, je laisse tout tomber et je viens tout content lui montrer ma collection: “il y a la philosophie grecque, les fondamentaux, la mystique avec Rumi, Durkheim, la littérature russe (Tolstoi, Dostoievski), des grands nom français, des romans, des essais, des  BD pour enfants…”. Je rappelle à mon interlocuteur que c’est gratuit: ça ne se vend pas et ça ne se loue pas. ’’Makayatba3 makayatakra, hir tayat5ad wtayata9ra (“il ne se vend pas il ne se loue pas, on le prend simplement et on le lit”)’. C’est vrai que mon stand rencontre moins de succès que le vendeur de “Markiz” mais j’ai de plus en plus de visites, et le bouche-à-oreille fait son effet.

20h, on finit de ramasser notre matériel, et on fait nos comptes de la journée. 22h, on déguste un tagine de “zoufri” (célibataire) préparé par un des compères plagiste, avant de filer dans nos tentes respectives pour dormir comme des bébés. Car demain, une longue journée nous attend…

Commentaires



  1. […] Plagiste l’été, étudiant en médecine pendant l’année […]

  2. […] LIRE AUSSI – Plagiste l’été, étudiant en médecine pendant l’année […]

  3. […] LIRE AUSSI Etudiant en médecine pendant l’année, plagiste l’été […]

Comments are closed.

Universités et écoles supérieures au Maroc, classes prépas, BTS, etc