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Soutien- “Libérez Mehdi Boukillou”




Soutien- “Libérez Mehdi Boukillou”

En 2010, un étudiant de 18 ans, en premier semestre à la fac, a été arrêté et mis au secret pendant une quinzaine de jours. Ses parents, sans nouvelles, étaient morts d’inquiétude.

Ce jeune homme, Mehdi Boukillou, a par la suite été condamné à 10 ans de prison dans une affaire ubuesque en lien avec une “entreprise terroriste” : fabrication de bombes, de “missile”, projets d’enlèvements de touristes et de personnalités étrangères etc. Il aurait accompli tout cela, entre son lycée et son premier semestre de fac, depuis la maison familiale, notamment grâce à son ordinateur. Son ordinateur n’avait pas été perquisitionné, il était encore à la maison, pendant que Mehdi était en prison.

Sur le terrain du droit, le dossier était à peu près vide. De nombreuses ONG dont CAPDEMA l’ont défendu, et à la faveur de la mobilisation de 2011, Mehdi a été relâché. En appel, sa peine a été ramenée à deux ans de prison dont un an ferme, qu’il avait déjà purgé. Il est ressorti libre.

Par la suite, Mehdi a poursuivi ses études. Inscrit en doctorat en sciences politiques, il devait soutenir cette année sa thèse, portant sur les instruments de protection des droits de l’homme au Maroc. Son expérience a été marquante : ce garçon qui n’avait jamais été politisé auparavant, est devenu un fervent militant pour les droits de l’homme. Et même plus : Mehdi voulait se lancer en politique en créant un parti.

Or, samedi 4 mars dernier vers 6h du matin, une quinzaine de policiers sont venus arrêter de nouveau Mehdi Boukillou, au domicile de ses parents. Il est actuellement à la prison de Salé, poursuivi pour constitution d’une bande en vue de perpétrer des actes terroristes, en tant que récidiviste. Cette information a été obtenue de manière non officielle, puisqu’à ma connaissance, son avocat n’a toujours pas eu accès au dossier.

Voilà pour les faits. Je voudrais partager maintenant mon sentiment.

Je n’ai rencontré Mehdi qu’une seule fois, c’était à l’occasion d’une réunion d’Anfass à Rabat, quelque part en 2012 ou 2013. Ce n’est donc pas un ami, ni même un copain. En 2010, la décision de le défendre a été prise sur la base des incohérences invraisemblables de l’acte d’accusation. Le jugement en appel l’a démontré : condamne-t-on un fabricant de bombes à un an de prison déjà purgé ?

Si la première arrestation pouvait être prise pour un dysfonctionnement de taille, la deuxième ressemble à un acharnement. J’émets l’hypothèse que cela n’a rien à voir avec le terrorisme, et tout à voir avec sa tentative de faire de la politique. Ce qui est certain est qu’une seule chose est capable de sauver Mehdi de la prison : la mobilisation de la société civile, et la connaissance de son cas. C’est ce qu’il l’a sauvé la première fois.

Ce qui fait la différence, ce sont les pétitions, les lettres et les articles de presse. Par conséquent, je vous prie instamment de partager cette information. Non seulement Mehdi doit être libéré, mais encore nous devons savoir qui a décidé de l’emprisonner à nouveau. Pourquoi ? Sur quelle base ? A cause de l’idée du parti ? Autre chose ?

Qui est cette personne qui use de l’autorité pour briser des vies impunément ?

Le Maroc n’est sans doute pas un Etat de droit. Mais la différence entre nous et nos voisins, sclérosés ou tombés dans le chaos, et que chez nous le droit n’est pas totalement un vain mot. Le Maroc a bel et bien avancé, si difficilement, au prix de tellement de combats. Nous avons arraché une nouvelle constitution pleine d’ambiguïtés qui sont autant de petits espoirs.

Et c’est ce progrès fragile qui est attaqué aujourd’hui, à travers Mehdi. Maintenant que la tension de 2011 est bien retombée, que les têtes sont tournées, la bête immonde revient en douce.

Il ne faut pas se leurrer : ces gens-là ne sont pas fous, méchants ou mues par des vengeances uniquement personnelles (quoique…).

C’est une logique de système qui doit changer : celle de tenir la populace par l’exemple, arrêter les suspects par milliers, distribuer les peines de prison comme on distribue les agréments de transports.

Ce n’est pas un Peuple à qui l’on rend justice, mais un troupeau qu’il faut tenir au bâton.

C’est la stabilité par la chape de plomb qui écrase, plutôt que par la justice qui protège.

C’est la conséquence au même temps que la cause de notre sous-développement politique, au même titre que les hôpitaux qui ne soignent pas et les écoles qui n’éduquent pas.

La première arrestation a fait de Mehdi l’apolitique, un nouveau militant. Que fera de lui une seconde arrestation ? Veulent-ils se donner raison et lui faisant perdre la sienne ?

Je vous demande donc de partager cette information.
Pas seulement pour lui, mais pour vous tous. Pour vos enfants et pour ce pays.

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